Aménagement intérieur

Appartement mal isolé : repérer les signes, agir vite, faire valoir ses droits et financer des travaux

Par Anaïs Morel
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Vivre dans un appartement mal isolé, ce n’est pas seulement « avoir froid » : c’est sentir la chaleur s’échapper, lutter contre des parois glacées, parfois composer avec l’humidité et les moisissures, et voir le chauffage tourner sans que le confort suive. La bonne approche tient en trois temps : repérer des signes simples, gagner vite en confort avec des gestes réversibles, puis activer les bons leviers (bailleur, copropriété, aides) avec un dossier solide.

L'article en bref

  • Un appartement mal isolé se repère surtout à la vitesse de refroidissement (le froid « revient » vite) et au contraste parois froides / air chauffé.
  • Priorisez les vraies fuites : toit/combles (dernier étage), murs, puis fenêtres et planchers bas — ne vous focalisez pas uniquement sur les vitrages.
  • Commencez par des gestes réversibles à fort impact (joints, bas de porte, volets/rideaux, réflecteurs, tapis) et documentez tout (photos, relevés datés).
  • Pour obtenir des travaux, avancez avec méthode : dossier de preuves → LRAR → délai → conciliation/tribunal, sans jamais cesser de payer le loyer sans décision.

Reconnaître une mauvaise isolation : ce qui se voit, ce qui se sent

Dans un ancien, l’inconfort a souvent une signature très particulière : la sensation de froid vient autant des surfaces que de l’air. Un radiateur peut être chaud, et pourtant la pièce reste difficile à habiter, parce que le logement perd sa chaleur par son enveloppe (murs, plafond, fenêtres, plancher) et par les infiltrations.

1) Le froid « revient » trop vite

Un indice parlant : la température chute rapidement dès que vous coupez le chauffage. On est moins sur un appareil « pas assez puissant » que sur une chaleur qui s’échappe. J’ai en tête un cas très typique lu chez des locataires : un petit appartement d’environ 45 m2 avec plusieurs fenêtres, une pièce qui peut tomber vers 11 degrés sans chauffage, un radiateur poussé une heure et demie au niveau 5, et un gain d’environ 5,5 degrés… avant que le froid ne reprenne vite sa place. Ce genre de scénario pointe rarement un simple mauvais réglage : il signale surtout des pertes et une inertie thermique très faible.

Pour faire la différence, gardez cette lecture simple :

  • Air froid qui « file » : plutôt infiltration (joints fatigués, bas de porte, coffre de volets, trappes).
  • Surfaces froides (murs, plafond, sol) : plutôt parois peu isolées et ponts thermiques.

2) Humidité, condensation, moisissures : quand l’ambiance bascule

La mauvaise isolation ne se contente pas de refroidir l’air : elle refroidit les parois. Et quand une paroi est froide, l’humidité de la pièce peut se condenser : vitrages ruisselants le matin, angles qui noircissent, odeurs, sensation de « froid humide ». Dans la vraie vie, c’est souvent là que l’ambiance se joue : un intérieur peut être joliment meublé ; si l’air est humide et les murs glacés, le confort d’usage au quotidien s’écroule.

Deux points à garder en tête, sans se tromper de cible :

  • Aération insuffisante : elle peut aggraver la condensation, et on peut agir dessus sans travaux lourds.
  • Défaut du bâti (infiltrations d’air ou d’eau) : cela peut aller vers un sujet de non-décence, donc vers des obligations pour le bailleur.

Sur le plan pratique, si des moisissures ont un impact sur votre santé et ne sont pas causées par votre usage, un certificat médical peut aussi vous aider, notamment pour réduire un préavis de départ à un mois au lieu de trois dans certains cas.

3) Facture élevée, chauffage omniprésent, confort absent

Le chauffage représente près des deux tiers de la consommation d’énergie d’un logement. Dans un appartement mal isolé, on a souvent l’impression de payer « pour rien », parce que le chauffage compense des pertes. Et ce ressenti est amplifié quand le prix de l’énergie grimpe, avec par exemple une hausse de 12,7 % du prix du gaz entre le T1 2023 et le T1 2024.

Avant de conclure que « tout est fichu », vérifiez aussi vos repères de température, simples et efficaces :

  • 19°C dans les pièces de vie.
  • 17°C maximum dans les chambres et pièces inoccupées.
  • 22°C dans la salle de bain pendant l’usage.

Ces réglages ne remplacent pas des travaux, mais ils évitent de surchauffer. Et surtout, ce sont des économies mesurables : 1°C de moins peut aller jusqu’à 7 % d’économies, et 2°C de moins peuvent représenter 14 % d’économie d’énergie.

Comprendre d’où part la chaleur : hiérarchiser sans se tromper

Quand on vit dans une passoire thermique, on se focalise facilement sur les fenêtres, parce que c’est ce qu’on voit. Pourtant, les pertes ne sont pas toujours là où l’œil se pose. Connaître les postes principaux change vraiment la sensation d’espace… et la stratégie avec un propriétaire ou une copropriété.

Les ordres de grandeur à garder comme boussole :

Toiture et combles : environ 25 à 30 % des déperditions. Dans un appartement, cela concerne surtout les derniers étages, les combles perdus au-dessus, ou les toitures-terrasses (souvent en parties communes).

Murs : environ 20 à 25 %. C’est énorme, et c’est souvent la cause des parois froides, surtout sur des façades exposées au nord.

Fenêtres : environ 10 à 15 % (on retrouve aussi une estimation autour de 15 % en incluant fenêtres et portes). Les fenêtres comptent, mais elles ne sont pas toujours le premier poste.

Planchers bas : environ 7 à 10 %. Un sol au-dessus d’une cave, d’un local non chauffé ou en rez-de-chaussée peut plomber le confort, même si la température de l’air semble correcte.

Dans un intérieur, ce qui fatigue le plus n’est pas seulement le chiffre du thermomètre : c’est le contraste. Une zone chaude près du radiateur, une zone froide près du mur, un courant d’air près d’une fenêtre. Travailler ces contrastes, c’est souvent rendre le logement plus habitable, même avant de grands travaux.

Diagnostiquer sans se perdre : du test maison au diagnostic officiel

Vous n’avez pas besoin de matériel professionnel pour commencer. L’idée, c’est d’avancer par étapes : d’abord repérer, ensuite documenter, enfin faire confirmer si nécessaire. Et si vous devez négocier, les preuves valent de l’or.

Tests simples chez soi (et vraiment utiles)

Commencez par une tournée lente de l’appartement, à différents moments : matin froid, soir, journée ventée. Cherchez les fuites autour des ouvrants, des caissons de volets, des prises, des trappes. Faites aussi des relevés : température le matin et le soir, température près des fenêtres puis au centre de la pièce, et humidité si vous avez un hygromètre.

Un petit outillage grand public à moins de 50 euros peut suffire pour objectiver les choses (thermomètre, hygromètre). Et surtout, collectez des preuves dès maintenant : photos, vidéos, relevés datés. Cela transforme un « ressenti » en dossier.

DPE, audit énergétique : à quoi ça sert et combien ça coûte

Le DPE donne une classe énergie et des estimations de consommation. C’est un document central pour situer la performance énergétique d’un logement, même s’il a des limites. Son coût est généralement entre 100 et 250 euros.

L’audit énergétique va plus loin : il propose des scénarios de travaux et un chiffrage. Il est pertinent quand on veut un plan de rénovation et une discussion structurée. Comptez entre 500 et 1000 euros.

Dans tous les cas, exigez un diagnostiqueur certifié, et ne vous contentez pas d’un document flou. Pour les situations complexes, il existe aussi des tests techniques comme l’infiltrométrie (porte soufflante) ou l’intervention d’un bureau d’étude thermique.

À noter aussi : depuis le 1er avril 2023, un audit énergétique est obligatoire avant la mise en vente d’une maison individuelle ou d’un appartement hors copropriété. Cela peut expliquer pourquoi certains logements ont déjà un audit disponible dans leur historique.

Solutions immédiates et réversibles : améliorer le confort sans transformer l’appartement

Quand on est locataire, on cherche des gestes réversibles, propres, qui ne dégradent pas le logement. Je les aime parce qu’ils changent vite la sensation d’espace : la pièce respire mieux, l’air se stabilise, et on arrête de « chauffer le dehors ».

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Ce que les « solutions réversibles » font très bien
  • Effet rapide sur le ressenti : moins de courants d’air, moins de zones « glacées » près des ouvrants.
  • Peu de risque en location : solutions amovibles, retrait propre à l’état des lieux.
  • Budget maîtrisé et modulable : on peut tester, corriger, compléter pièce par pièce.
  • Utile pour la négociation : une cartographie des fuites + des relevés avant/après rendent le problème plus concret.
Leurs limites (et quand passer au niveau supérieur)
  • Elles ne traitent pas l’isolation des parois (murs/toiture) : si les surfaces restent très froides, le confort plafonne.
  • Efficacité dépendante de la pose : un joint mal choisi ou un rideau mal posé laisse passer l’air sur les côtés.
  • Risque de déplacer le problème si on “étouffe” sans ventiler : l’humidité peut empirer sans bonnes habitudes d’aération.
  • Quand la consommation reste démesurée malgré tout, le levier décisif redevient le bâti (travaux bailleur/copropriété).

Couper les courants d’air : bas de porte et joints

Un bas de porte coûte autour d’une dizaine d’euros et peut déjà calmer l’effet « couloir frigorifique ». Ajoutez des joints amovibles, boudins ou mousses, là où l’air passe. Le bon dosage entre style et praticité : choisissez des solutions faciles à retirer proprement lors de l’état des lieux de sortie.

Et ne sous-estimez pas un geste gratuit : fermer les volets la nuit peut limiter jusqu’à 60 % les déperditions thermiques liées aux fenêtres. Ce n’est pas glamour, mais c’est immédiat.

Améliorer les fenêtres sans les remplacer : textile et survitrage

Les rideaux thermiques sont une solution très « intérieur vécu » : ils améliorent l’ambiance visuelle, amortissent un peu les sons, et coupent la sensation de paroi froide. Repère simple : visez un grammage minimum de 250 g/m². Côté budget, on en trouve dès 20 euros en polyester, autour de 40 à 50 euros avec doublure polaire, et environ une centaine d’euros en haut de gamme.

La pose fait la différence : tringles solides, retombée au sol, recouvrement des bords, et attention aux coffres de volets qui laissent parfois passer l’air.

Le film survitrage peut aussi aider, avec du matériel à moins de 50 euros (certains kits se trouvent autour d’une dizaine d’euros). Il a une efficacité limitée et demande une pose soignée, mais il peut adoucir le ressenti près d’un vitrage très froid, surtout si vous traitez d’abord les grosses fuites d’air.

Ne pas oublier le mur derrière le radiateur et le sol

Derrière un radiateur, un mur froid peut « aspirer » une partie de la chaleur. Les réflecteurs coûtent autour de 15 euros et peuvent limiter des pertes de l’ordre de 10 % (à prendre comme ordre de grandeur). C’est discret, facile, et ça évite d’alourdir visuellement l’espace.

Le sol, lui, joue beaucoup sur la sensation corporelle. Un tapis avec sous-couche peut réduire les pertes par le sol, avec un repère de l’ordre de 10 % du total des déperditions thermiques. Priorité si vous êtes au-dessus d’une cave ou d’un local non chauffé, ou en rez-de-chaussée. Et bonus « déco utile » : cela adoucit la pièce, structure les zones et rend la maison plus facile à vivre.

Ce que ces gestes peuvent changer, concrètement : on parle parfois de 2 degrés de gagnés selon la configuration, surtout en confort ressenti. Et si ces améliorations vous permettent de baisser le thermostat sans souffrir, vous retombez sur les ordres de grandeur : -1°C jusqu’à 7 % d’économies, -2°C 14 %. En revanche, ils n’annulent pas une passoire thermique : ils l’atténuent.

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Chauffage quand l’enveloppe est mauvaise : choisir sans se piéger

Dans un appartement mal isolé, le chauffage peut devenir un sprint permanent. Le rendu peut séduire (un appareil puissant, une montée rapide), mais l’usage doit suivre : coût, sécurité, humidité, et capacité réelle à maintenir une température stable.

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Pourquoi « changer l’appareil » ne suffit pas toujours ?

Certains systèmes sont très performants dans un logement correct, et décevants dans une passoire thermique. Une pompe à chaleur, par exemple, peut être inadaptée si le bâtiment est mal isolé : ses performances se dégradent quand la température extérieure passe sous 9°C, et l’intérieur peut plafonner autour de 14°C sans rénovation. Ce type de situation est frustrant : on investit dans une solution « moderne », mais on ne traite pas le vrai problème, les pertes.

À l’inverse, un chauffage d’appoint apporte de la puissance, mais peut faire grimper la facture rapidement. L’idée n’est pas d’interdire : c’est de l’utiliser comme un outil ponctuel, dans une stratégie qui réduit les fuites.

Électrique d’appoint : méthode simple pour comparer et choix raisonnable

Pour comparer sans vous faire balader, gardez une méthode : kWh consommés par heure x tarif moyen = euros par heure. Ensuite, regardez le confort : l’inertie n’a pas le même effet qu’un air pulsé, et une pièce avec parois froides ne « répond » pas pareil.

Dans l’usage courant, privilégiez plutôt des solutions qui chauffent de manière plus douce, comme le bain d’huile ou les panneaux rayonnants, plutôt que les soufflants ou les convecteurs sur de longues durées. Et soyez strict sur la sécurité : dégagement autour de l’appareil, prudence avec les multiprises, et attention à l’usage la nuit.

Si vous êtes en chauffage collectif

En immeuble, on a aussi des leviers côté « système ». L’individualisation des frais de chauffage peut générer en moyenne 15 % d’économie. Et selon les villes, les réseaux de chaleur peuvent être une piste (un outil comme France Chaleur Urbaine aide à s’orienter).

Travaux d’isolation : ce qui est prioritaire et ce qui est réaliste en location

En tant que locataire, vous ne pilotez pas toujours les travaux, mais vous pouvez les orienter intelligemment. Votre levier, c’est la clarté : montrer où sont les pertes, ce qui relève du bailleur, ce qui relève de la copropriété, et pourquoi l’ordre de priorité est logique.

La feuille de route technique la plus simple reste celle des déperditions :

Toit (25 à 30 %), puis murs (20 à 25 %), puis fenêtres (10 à 15 %), puis planchers bas (7 à 10 %). Dans une logique d’ensemble, une rénovation globale peut maximiser le gain, avec un ordre de grandeur évoqué jusqu’à 50 % d’économie d’énergie possible avec une isolation efficace.

Pour discuter budget sans être flou : un DPE coûte 100 à 250 euros, un audit 500 à 1000 euros, et une rénovation globale avoisine généralement 30 000 euros (ordre de grandeur). Cela aide à comprendre pourquoi certains bailleurs temporisent, mais aussi pourquoi un montage d’aides et plusieurs devis peuvent faire basculer une décision.

Droits du locataire : ce qui est opposable, ce qui ne l’est pas

Un logement doit être décent. La loi du 6 juillet 1989 pose l’obligation pour le bailleur de louer un bien décent. Quand on parle d’isolation, le terrain le plus actionnable est souvent celui des infiltrations d’air ou d’eau, qui peuvent caractériser une non-décence et imposer des travaux.

Deux garde-fous à retenir, pour éviter une erreur coûteuse :

Vous ne pouvez pas arrêter de payer le loyer sans décision judiciaire. Et vous ne pouvez pas non plus partir sans respecter les règles de préavis « sur un coup de tête ».

DPE, seuil 450 kWhEF et calendrier : ce que cela change pour la location

Il existe un seuil d’« indécence énergétique » : le propriétaire ne peut pas louer un logement dont la consommation énergétique est égale ou supérieure à 450 kWh d’énergie finale par mètre carré et par an, pour les contrats conclus à partir du 1er janvier 2023.

Bon à savoir

Le seuil d’« indécence énergétique » à 450 kWhEF/m²/an ne s’utilise pas pareil selon votre situation. Avant d’en faire l’argument principal, vérifiez la date de signature de votre bail (et, si cela vous concerne, celle de son renouvellement) : selon les cas, ce seuil peut ne pas être opposable immédiatement. Si c’est votre situation, l’argument le plus solide redevient souvent la décence au sens « défauts du bâti » (infiltrations d’air/eau) appuyée par des preuves datées.

Depuis août 2022, et plus précisément depuis le 25 août 2022, il est interdit d’augmenter les loyers des passoires thermiques (logements classés F ou G).

Et les interdictions de location avancent par étapes :

À partir de janvier 2025 : interdiction de louer un logement noté G, avec des seuils associés à 420 kWh/m²/an et/ou des émissions de GES supérieures à 100 kg éq. CO2/m²/an.

À partir de janvier 2028 : interdiction de louer un logement noté F, seuils à 330 kWh/m²/an et/ou 70 kg éq. CO2/m²/an.

À partir de janvier 2034 : interdiction de louer un logement noté E, seuils à 250 kWh/m²/an et/ou 50 kg éq. CO2/m²/an.

Ce cadre est structuré notamment par le décret n° 2021-19 (publié le 13 janvier 2021) et par la loi Climat et Résilience (2021). Et si le DPE est absent ou périmé, il y a des situations où le locataire peut en exiger un, notamment à la reconduction tacite.

Kit d’action : obtenir des travaux sans faux pas

Quand un appartement est mal isolé, l’émotion monte vite. Pourtant, ce qui fait avancer un dossier, c’est une méthode calme, factuelle, et un calendrier. L’objectif n’est pas de « gagner un bras de fer », mais de rendre la demande impossible à balayer.

1) Préparer votre dossier de preuves

Avant même d’écrire au propriétaire, rassemblez ce qui objectivise : DPE (valide), factures, relevés de température, humidité, photos et vidéos datées, traces de moisissures, infiltrations. Si la situation le justifie, un constat par un artisan, un diagnostic, voire une thermographie ou un test d’infiltrométrie peuvent compléter.

Et si la santé est touchée, les certificats médicaux peuvent peser, notamment pour la question du préavis réduit quand c’est applicable.

2) Envoyer un courrier recommandé clair (LRAR)

Votre courrier doit rester sobre et précis : faits observés, demandes, délai, pièces jointes. Proposez une solution opérationnelle : une visite technique, un diagnostic, des devis, puis des travaux prioritaires. Selon votre cas, vous pouvez citer la non-décence en cas d’infiltrations, le DPE, le seuil des 450 kWhEF/m²/an si vous êtes concerné, et le gel des loyers en F ou G.

Demandez une réponse écrite et une date de passage. Cela installe un dialogue traçable, et c’est souvent ce qui débloque une situation.

3) Respecter les étapes et les délais

Le chemin habituel : signalement amiable, puis mise en demeure en LRAR. Après un délai de 2 mois sans réponse, vous pouvez saisir la Commission départementale de conciliation (CDC) ou le greffe du tribunal.

Si vous envisagez de faire vous-même des travaux, ne le faites pas « au feeling » : il faut un accord écrit préalable. Il existe aussi une notion d’accord tacite au bout de 2 mois si vous notifiez des travaux envisagés dans les conditions mentionnées. Et, pour les aides et la qualité, mieux vaut se tourner vers des entreprises RGE.

Pour vous faire accompagner : la CDC, les associations de locataires, l’ADIL, et France Rénov’ sont des relais utiles.

Aides financières : comprendre qui paie quoi (et comment déclencher)

Les aides à la rénovation énergétique sont souvent mobilisées par le propriétaire, mais un locataire peut déclencher le mouvement en arrivant avec une demande structurée, des devis, et une vision des dispositifs cumulables.

Les grandes familles à connaître :

MaPrimeRénov’ : elle est cumulable et dépend de catégories de revenus (bleu, jaune, violet, rose) sans qu’il soit nécessaire de retenir des montants par cœur.

CEE (certificats d’économies d’énergie) : principe de primes liées aux travaux, cumul possible, vigilance sur les offres trop belles.

TVA réduite à 5,5 % sur les travaux éligibles (selon conditions).

Éco-prêt à taux zéro : somme comprise entre 10 000 et 30 000 euros, remboursée dans les 15 ans.

Ajoutez à cela les aides locales, qui varient selon les collectivités, et un guichet d’orientation peut vous éviter de passer à côté.

En copropriété, c’est encore une autre mécanique : toiture, façade, chaufferie collective relèvent des parties communes, donc d’un vote et d’une coordination avec le syndic. Mais c’est aussi là que les plus gros postes se traitent (toiture à 25-30 %, murs à 20-25 %). Et pour convaincre, l’argument économique existe aussi : sur un ordre de grandeur cité par Notaires de France (donnée 2017), les biens A ou B se vendent 6 à 14 % plus cher que D, et environ 25 % plus cher que F ou G. Ce n’est pas une promesse, mais un repère utile dans une négociation.

Trouver les bons interlocuteurs et sécuriser le choix des pros

Quand on veut passer à l’action, l’enjeu n’est pas seulement de trouver « quelqu’un qui fait des travaux ». C’est de trouver un parcours simple, des conseils neutres, puis des pros qualifiés, pour éviter les mauvaises surprises et préserver l’équilibre visuel de la pièce comme la performance thermique.

Pour l’accompagnement public et neutre, commencez par France Rénov’ (points conseil), puis selon votre situation l’ANAH et les ALEC locales. Pour des repères et ressources, l’Ademe est une base utile.

Quand vous comparez des entreprises : visez RGE (souvent indispensable pour les aides), demandez références et assurances, et comparez plusieurs devis avec un descriptif technique clair (matériaux, épaisseurs, traitement des ponts thermiques). Côté acteurs commerciaux pouvant proposer des offres selon les besoins, on voit souvent passer Effy, Selectra, IZI by EDF, Cozynergy : l’important est de comparer et de vérifier l’éligibilité aux aides, pas de signer dans l’urgence.

Enfin, pour les diagnostics, gardez l’exigence d’un professionnel certifié, avec une certification vérifiable (références comme COFRAC), sans noyer votre dossier sous des documents inutiles.

Éviter les erreurs fréquentes quand on vit dans une passoire thermique

Quand on est épuisé par le froid, on peut prendre des décisions qui soulagent sur le moment, mais aggravent la suite. La première erreur est de tout miser sur un chauffage plus puissant au lieu de réduire les pertes de chaleur : une PAC peut être inadaptée si l’appartement est mal isolé, et un appoint électrique peut coûter très cher à l’usage.

Deuxième piège : surchauffer pour compenser l’inconfort. Restez sur les repères 19°C, 17°C maximum dans les chambres, 22°C en salle de bain pendant l’usage. Le gain financier d’un simple degré compte, jusqu’à 7 %, et 2 degrés peuvent représenter 14 %.

Troisième point, souvent invisible : ignorer la ventilation et aggraver humidité et moisissures. Et sur le plan juridique, l’erreur la plus risquée reste d’arrêter de payer le loyer ou de partir sans cadre. Avancez plutôt dans cet ordre : objectiver, écrire, laisser un délai, puis seulement escalader vers conciliation ou tribunal.

Si vous devez choisir une seule priorité dès ce soir : traquez les fuites d’air, calfeutrez proprement, habillez les fenêtres avec un textile adapté, puis documentez tout. Le lieu gagne en cohérence, la pièce respire mieux, et vous transformez un inconfort diffus en plan d’action concret, négociable et finançable.

Questions fréquentes

Un appartement classé F ou G au DPE est-il automatiquement « indécent » ?
Non. Une étiquette F ou G signale un logement énergivore, mais l’« indécence » est une notion juridique qui repose sur des critères précis. En pratique, un dossier solide combine le DPE (quand il existe) et des éléments factuels : infiltrations d’air/eau, traces d’humidité, mesures et photos datées. Le gel des loyers en F/G est encore autre chose : il peut s’appliquer même si la situation ne se résume pas à une « indécence ».
Le seuil 450 kWhEF/m²/an s’applique-t-il à tous les baux (anciens et nouveaux) ?
Non. Il faut regarder la date de conclusion du contrat (et, selon les situations, la date de renouvellement). Si votre bail n’entre pas dans le champ d’application immédiat de ce seuil, ne vous bloquez pas : basez plutôt vos demandes sur la décence du logement (notamment en cas d’infiltrations d’air/eau) et sur un dossier de preuves (relevés, photos, constats).
Qu’est-ce qu’une « infiltration d’air parasite » et comment la prouver ?
C’est une entrée d’air non maîtrisée (joints usés, bas de porte, caisson de volet roulant, menuiseries déformées, traversées de gaines, prises sur mur extérieur). Pour la documenter : localisez précisément les zones (pièce + endroit), prenez des photos/vidéos au moment où le problème est visible (jour venté, fumée de cuisson qui “file”, rideau qui bouge), joignez des relevés datés (température/humidité) et, si nécessaire, un constat ou un diagnostic.
Quels sont les gestes les plus efficaces quand on n’a pas de volets ?
Créez un « sas » autour de la fenêtre : traitez d’abord l’étanchéité (joints, points de fuite au pourtour et au coffre si présent), puis installez un rideau thermique bien posé (retombée au sol, recouvrement large des côtés). En complément, un film survitrage peut améliorer le ressenti si le vitrage est très froid, à condition d’être posé proprement et après avoir limité les grosses fuites d’air.